Le Dormeur du Val
C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, lèvre bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
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The Sleeper in the Valley
It is a green hollow where a stream gurgles,
Crazily catching silver rags of itself on the grasses;
Where the sun shines from the proud mountain:
It is a little valley bubbling over with light.
A young soldier, open-mouthed, bare-headed,
With the nape of his neck bathed in cool blue cresses,
Sleeps; he is stretched out on the grass, under the sky,
Pale on his green bed where the light falls like rain.
His feet in the yellow flags, he lies sleeping. Smiling as
A sick child might smile, he is having a nap:
Cradle him warmly, Nature: he is cold.
No odour makes his nostrils quiver;
He sleeps in the sun, his hand on his breast
At peace. There are two red holes in his right side.
À la Musique.
Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses
- L'orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
- Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres
Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;
Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent : "En somme !..."
Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing d'où le tabac par brins
Déborde - vous savez, c'est de la contrebande ; -
Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes..
- Moi, je suis, débraillé comme un étudiant
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes
Je ne dit pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules
J'ai bientôt déniché la bottine, le bas...
- Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...
- Et mes désirs brutaux s'accrochent à leurs lèvres...
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To Music
On the square which is chopped into mean little plots of grass,
The square where all is just so, both the trees and the flowers,
All the wheezy townsfolk whom the heat chokes bring
Each Thursday evening, their envious silliness.
- The military band, in the middle of the gardens,
Swing their shakos in the Waltz of the Fifes:
Round about, near the front rows, the town dandy struts;
- The notary hangs like a charm from his own watch chain.
Private incomes in pince-nez point out all false notes:
Great counting-house desks, bloated, drag their stout spouses
Close by whom, like bustling elephant keepers,
Walk females whose flounces remind you of sales;
On the green benches, retired grocers' clubs,
Poking the sand with their knobbed walking canes,
Gravely discuss trade agreements,
And then take snuff from silver boxes, and resume: "In short!..."
Spreading over his bench all the fat of his rump,
A pale-buttoned burgher, a Flemish corporation,
Savours his Onnaing, whence shreds of tobacco hang loose
You realize, it's smuggled, of course; -
Along the grass borders yobs laugh in derision;
And, melting to love at the sound of trombones,
Very simple, and sucking at roses, the little foot-soldiers
Fondle the babies to get round their nurses...
- As for me, I follow, dishevelled like a student,
Under the green chestnuts, the lively young girls:
Which they know very well, and they turn to me,
Laughing, eyes which are full of indiscreet things.
I don't say a word: I just keep on looking at
The skin of their white necks embroidered with stray locks:
I go hunting, beneath bodices and thin attire,
The divine back below the curve of the shoulders.
Soon I've discovered the boot and the stocking...
- I re-create their bodies, burning with fine fevers.
They find me absurd, and talk together in low voices...
- And my savage desires fasten on to their lips...
Ma Bohème (.Fantaisie)
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
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My Bohemian Life (.Fantasy)
I went off with my hands in my torn coat pockets;
My overcoat too was becoming ideal;
I travelled beneath the sky, Muse! and I was your vassal;
Oh dear me! what marvellous loves I dreamed of!
My only pair of breeches had a big whole in them.
– Stargazing Tom Thumb, I sowed rhymes along my way.
My tavern was at the Sign of the Great Bear.
– My stars in the sky rustled softly.
And I listened to them, sitting on the road-sides
On those pleasant September evenings while I felt drops
Of dew on my forehead like vigorous wine;
And while, rhyming among the fantastical shadows,
I plucked like the strings of a lyre the elastics
Of my tattered boots, one foot close to my heart!